

Le hasard n'existe pas : le destin de Coralie et Michaël était tracé, ils nous racontent leur parcours.
Il était une fois, une famille Creusoise, le père Mikaël, la mère Coralie et leurs trois filles, vivaient heureux (pensaient-ils) à Ménardeix, petit village typique de la Creuse, implanté au sein d'une nature luxuriante, auprès d'un fameux Menhir. Pour les vacances, ils partirent en Bretagne : ils voulaient voir la vie d'une autre couleur, passer du vert prairie, au bleu marine, respirer l'iode à pleins poumons, construire des châteaux de sables éphémères, regarder les voiliers larguer les amarres !
Ils firent tout cela sans doute, mais ils rapportèrent un souvenir inoubliable : ce ne fut pas celui du Mont St Michel ni de la Baie de St Malo, pas plus celui d'un coucher de soleil sur la mer non, pendant ces vacances inoubliables, ils se gorgèrent tout simplement de crêpes aux Miels issus de "nectars" variés ! Ne connaissant rien au monde des abeilles et du miel ils décidèrent d'aller visiter la miellerie Bretonne. Émerveillés de toutes ces découvertes, et du fabuleux nectar enchanteur de papilles, ils rentrèrent en Creuse, un carton de miel sous le bras. Et cela allait changer toute leur vie !
A leur retour, toute la famille se mit à manger du miel, tous les jours, jusqu'à plus de 10 kg par mois ! N'y tenant plus, le papa des oursons, maçon de métier, prit une décision : "c'est plus possible, je vais être obligé d'acheter des ruches pour vous approvisionner en miel ! ". Le frère de Michaël rappela que le grand-père élevait des abeilles dans les années 60. La grand-mère des oursons confirma et leur raconta ces années passées où elle sillonnait la campagne à vélo pour vendre son miel. Enthousiaste, elle confia les ruches à son petit-fils : "tu trouveras les ruches de ton grand-père au grenier : qu'il serait heureux s'il te voyait leur redonner vie ! ".

Même être apiculteur du dimanche, cela ne s'improvise pas. Michaël est donc allé prendre conseil auprès d'un apiculteur retraité, pour acquérir les premiers rudiments de ce métier.
Une des premières manipulations consiste à ouvrir tout simplement la ruche pour avoir accès à l'intérieur du corps de ruche. Et là stupeur ! quand il a ouvert et que les abeilles l'ont entouré, il a été submergé par une émotion inattendue : "quand je les ai vues là, m'entourer, bourdonner autour de moi, c'était beau, c'était bon, c'était magique ! j'étais émerveillé comme un enfant devant un trésor enchanté, le temps s'est arrêté, j'ai su à cet instant que je voulais être apiculteur et rien d'autre !".
En l'écoutant, encore plein de l'émotion et de la magie de cette rencontre, curieusement je pense aux chats: quand on aime les chats, ils le sentent et ils viennent spontanément sur vos genoux en ronronnant. Michaël portait en lui l'amour des abeilles, sans le savoir, mais elles l'ont senti et elles l'ont pour ainsi dire intronisé malgré lui "Maître des Abeilles". Nées des larmes du Christ, Dieu les condamna à mourir de leurs piqûres à cause de leur orgueil. Les traditions populaires attribuent encore aux abeilles, le pouvoir d'entretenir des relations privilégiées avec les Saints, la Vierge, et les âmes des défunts.

Les quatre ou cinq ruches du grand-père furent descendues du grenier, époussetées, pourvues de cadres de cire nouvelle, peuplées d'essaims en vadrouille capturés à leur passage et installées à l'orée du bois, bordant la prairie de l'ancienne ferme, achetée par la famille une dizaine d'année plus tôt.
En attendant la prochaine récolte, la famille continua à déguster des miels : ils en trouvèrent un, dont le goût leur plût tant, qu'ils décidèrent d'aller rendre visite au producteur. Installé dans la région de Bourganeuf, au pied du Plateau de Millevaches, il pratiquait l'apiculture biologique. Cette rencontre fut à la fois merveilleuse et décisive. Michaël apprit qu'il était possible de suivre une formation spécialisée conduisant au diplôme de chef d'exploitation, ouvrant droit à certaines subventions à l'installation. L'apiculteur se proposa même de lui apprendre le métier, d'être son futur maître de stage.
A compter de ce jour, Michaël fit tout ce qu'il fallait pour devenir apiculteur professionnel, par amour des abeilles, pour conjuguer passion et activité professionnelle. Jusqu'ici, le couple vivait de "petits boulots", sans enthousiasme, frustrés de ne pas pouvoir assouvir leur besoin de contact permanent avec la nature ! ils cherchaient une voie qui leur permettrait de s'impliquer totalement dans un métier.
Ce n'est pas un hasard si Michaël et Coralie ont tout de suite sympathisé avec cet apiculteur qui leur a ouvert cette voie en proposant de former Michaël au métier.
Monique Laucournet écrit dans son approche ethnologique : "L'élevage des abeilles et la production de miel ne sont pas simplement des étapes précédant la commercialisation d'un produit, mais des pratiques qui permettent d'établir un autre rapport au monde et à soi. La contemplation, la méditation, la connaissance qu'elles favorisent, l'échange social qu'elles permettent, le mythe du miel, témoignent de cette importance d'une représentation de l'homme en continuité avec la nature dont il est issu. La qualité du miel est la conséquence du respect d'un processus naturel auquel l'homme ne participe que modestement, et qui est plutôt pour lui l'occasion de se connaître". Michaël et Coralie étaient dans cette quête, l'orientation vers l'apiculture en mode Biologique les comble.
Michaël a donc suivi une formation apicole au Lycée Agricole d'Ahun, situé à une dizaine de kilomètres de son village. Il a obtenu son diplôme, le BPREA (il a même fallu refaire des maths !) validant sa formation qui s'est déroulée sur une année et demie, de janvier à juin, comprenant plusieurs stages chez ce couple d'apiculteurs. Michaël apprit à travailler, dans la joie et la bonne humeur et surtout dans le respect des abeilles et de la nature, à la façon de conduire et d'harmoniser les récoltes pour obtenir des crus de miels aromatiques d'exception. Une forte amitié s'est nouée entre les deux familles.
Il s'est installé en septembre 2006. A 34 ans, c'est la limite d'âge pour s'installer en tant qu'agriculteur et bénéficier des aides à l'installation. La surface minimale d'installation (SMI), convertie en nombre de ruches, est de 200 dans le département de la Creuse. L'année d'installation fut rude : préparation du projet d'installation, élevage des abeilles, agrandissement du cheptel, commercialisation....
Michaël a constitué progressivement son cheptel d'Abeilles noires, variété locale qui dérive "d'Apis mellifica melliféra" d'origine européenne, ayant une bonne vitalité, bien adaptées aux conditions locales de climatologie et de flore, selon les préconisations AB. Ce précepte constitue une mesure de prophylaxie du cheptel visant à la prévention des infections.
Parti de 5 ruches, il a acheté des essaims, a procédé par "division, "pour arriver à 50. Il démarre avec 100 ruches seulement, complétées par 6,5 ha de terrain, il atteint la fameuse SMI. Il compte passer à 200 ruches dans les deux ans à venir en fabriquant ses ruches lui-même.
ne présentant pas de risque de contamination pour l'environnement ou les produits apicoles. A l'intérieur des ruches, sont autorisées, seules les substances naturelles, telles que la propolis, la cire et les huiles végétales. Les ruches de la miellerie du Rocher sont en sapin Douglas à couleur orangé ou Pectiné (sapin des Vosges) peintes avec de l'huile de Lin.
ses abeilles et ruches ne provenant pas d'élevage certifié. Sa première récolte, en qualité d'apiculteur certifié Biologique par Ecocert, est celle de 2007. Il va donc agrandir son rucher en divisant ses colonies. La charte BIO cependant autorise l'introduction de 10% des reines et des essaims de provenance extérieure, mais dans des ruches et cadres de cire interne.
Une partie de la surface a été ensemencée en "Phacélie"l'an dernier. C'est une fleurissant
d'avril à juillet, qui retournée sert en plus d'engrais vert.

dans lesquelles les abeilles butinent. L'emplacement du rucher doit :
- garantir que les abeilles disposent de sources naturelles suffisantes de nectar, de miellat et de pollen et ont accès à l'eau.
- être tel que dans un rayon de 3 km autour de son emplacement, les sources de nectar et de pollen soient constituées essentiellement de cultures produites selon le mode de "production biologique" et/ou d'une flore spontanée et de cultures soumises à des traitements ayant de faibles incidences sur l'environnement.
entraîner une contamination tels que : centre urbain, autoroute, zone industrielle, décharge, incinérateur de déchets...
les ruches doivent être identifiées. L'organisme de contrôle doit être informé du déplacement du rucher.
réserves hivernales à la ruche en miel et pollen. S'il survenait un impératif de nourrissement artificiel, celui-ci devra être constitué de miel de provenance biologique issu de préférence du rucher. Une dérogation visant un recours exceptionnel au sirop de sucre ou mélasse issus de l'agriculture biologique peut être délivrée, et les informations y afférant inscrites au registre du Rucher. Il est bien entendu que l'alimentation artificielle n'est qu'exceptionnellement autorisée hors période d'activité du rucher.
En plus du choix des races d'abeilles, la prévention des maladies s'effectue par certaines pratiques :
renouvellement régulier des "reines", contrôle systématique des ruches pour déceler les anomalies sanitaires, maîtrise du couvain mâle dans les ruches, désinfection régulier du matériel et des équipements avec des produits autorisés, destruction du matériel ou des sources contaminées, renouvellement régulier des cires, constitution de réserves suffisantes de pollen et de miel dans les ruches. Michaël conserve et recycle la cire d'une campagne qui reste ainsi indemne de toute contamination par les produits phytosanitaires des apiculteurs en conventionnel. La cire est en effet le réceptacle des pollutions qui pourraient migrer dans le miel ; pour cette raison, les apiculteurs bio n'utilisent pas la cire des circuits conventionnels.
S'il s'avère nécessaire de traiter une infestation, les produits homéopathiques et phytotérapiques doivent être utilisés de préférence aux traitements allopathiques à condition qu'ils soient reconnus comme étant efficaces sur la maladie. Pour éradiquer une maladie ou infestation présentant des risques pour la survie de la colonie, et en aucun cas à titre préventif, un traitement allopathique chimique de synthèse, prescrit par un vétérinaire, est autorisé. Dans ce cas, la ruche ou la colonie est isolée, une nouvelle cire sera installée et la ruche ou la colonie devra observer une période de conversion pendant un an. Tous les traitements effectués doivent être consignés dans le registre du rucher : détail du diagnostic, type de matière active, la posologie, le mode d'administration, la durée, le délai d'attente légal.
Pour lutter contre le principal ennemis de la ruche, le "Varoa", Mikaël emploie le Thymol et l'acide oxalique (acide contenu
dans l'oignon). Il pourrait aussi utiliser les acides formiques, lactique, acétique et aussi l'eucalyptol. Le cycle du Varoa permet aussi d'instaurer des pratiques d'élimination mécanique : le Varoa colonise de préférence le couvain des mâles qui ont un cycle plus long que la femelle. Il suffit d'installer des cadres de bourdons dans les ruches qui serviront à piéger le varoa, et à le détruire physiquement en éliminant les cadres infestés. La destruction du couvain mâle n'est admis que dans cette seule circonstance.
même au niveau des abeilles, par l'interdiction de certaines pratiques :
- interdiction de détruire volontairement les abeilles au cours de la récolte.
- interdiction de toute mutilation telle que le rognage des ailes des reines (dite aussi clippage) qui consiste à couper obliquement un bout d'aile pour déséquilibrer le vol de l'abeille pour qu'elle ne puisse pas s'envoler en emmenant un essaim.
- interdiction d'utiliser un répulsif chimique de synthèse au cours de l'extraction du miel : Michaël utilise le bon vieux enfumoir alimenté aux bouchons de Luzerne Bio.
L'apiculture est actuellement soumise à des pertes importantes dont les causes ne sont pas clairement établies : manque de réserves en fin de printemps, maladies virales, attaques de prédateurs... Les pertes moyennes du rucher creusois sont évaluées à 30%. Le rucher de Michaël est dans cette moyenne.
Une partie des ruches restent en bordure de forêt à proximité de Ménardeix et une autre partie transhume
pour avoir différentes qualités de miels. La récolte est effectuée après chaque floraison pour avoir des arômes bien typés, ce qui occasionne beaucoup de manutention auxquelles participe Coralie.

récolté sur "le Plateau de Millevaches"
sur les hauteurs de Croze où l'on récolte, en premier, "la Bourdaine"

et à Magnat-l'Etrange, en bordure du camp de la Courtine mélange de Bourdaine et résineux

récolté dans la région de Croze et vers Royères proche du lac de Vassivière
Miel toutes fleurs composé de pissenlit, aubépine, houx, récolté à Ménardeix.
récolté dans les forêts à proximité de Ménardeix.
récolté à Ménardeix.
récolté dans la région de St Vaury.
pour plus d'information :
sur "le goût des différents miel"Dans tous ces travaux Coralie seconde son mari, elle est devenue aussi passionnée des abeilles que lui.
Une autre passion, également en relation avec la nature, habite Coralie : elle peint des reproductions à l'huile, des aquarelles fleurs et paysages.
Cette symbiose avec la nature, l'exercice de deux activités complémentaires, trois enfants de 7, 9 et 11 ans à élever, comblent sa vie, mais lui prennent tout son temps.
L'hiver, Michaël poursuit son installation : construction des ruches, aménagement des locaux avec un projet d'envergure, la réhabilitation d'un ancien bâtiment, pour ne pas dire une ruine (mais aux si belles pierres plates typiques de la région) où il installera une miellerie à visées pédagogique.

Acheter du miel à ce jeune couple passionné c'est épauler un beau projet de vie, d'une famille de trois enfants, qui se déploie dans le respect d'une agriculture durable, qui œuvre pour les générations futures avec tant de générosité.
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